Mademoiselle Adélaïde: une petite histoire sur une grande                                                                                      persévérance 

Introduction: 

Régine Trigo, 44 ans vient de sud-ouest et travaille comme professeur de management dans une lycée. Son premier roman "Mademoiselle Adelaïde" est sorti en 2019 chez l'éditions Hugo Stern. Après réflexion j'ai réalisé que seulement une personne qui aime la vie peut écrire l'histoire de l'Adélaïde car au final c'est une histoire de la découverte d'amour pour soi-même. Et Régine est une amoureuse de la vie. Bavarde, souriante, optimiste, naturelle.... elle a réussi a me séduire immédiatement! Dans ce roman elle nous fait ressentir sa grande passion pour les classiques du cinéma ainsi qu'une grande sensibilité pour la condition féminine.

 

La protagoniste de ce roman est une provinciale de 40 et quelques années. Isolée du monde extérieur, elle reste perpétuellement spectatrice de sa propre vie. C'est peut-être grâce au 7ème art, sa grande passion qu'elle ose y croire, elle ose prendre action afin de conquérir l'homme de ses rêves! Le cinéma était pour Adélaïde depuis toujours le moyen de vivre par procuration des émotions, des expériences qu'elle ne pouvait pas vivre par elle-même. Il s'agit tout de même une femme simple, complétement ordinaire mais cela importe peu. L'histoire d'Adélaïde c'est l'histoire du courage et de la persévérance. Et même après 40 ans c'est possible de changer sa vie, parce que, comme dit l'autrice "dans la vie il faut y aller". Après la mort de sa mère, la vie sombre et solitaire de codépendance s'arrête. Elle qui était depuis toujours sous l'emprise maternelle retrouve enfin son pouvoir et grâce à son imagination, sa générosité et son amour elle décide de rendre quelqu'un heureux. Rien de pragmatique est une idée très éloignée du discours commun d'aujourd'hui- donner par l'amour de rendre heureux. 

 

Sinon on remarque vite que c’est un sans amour.
Les gens qui aiment, on le remarque, les gens qui sont aimés,
on le sent.
Ni l’un ni l’autre pour lui.
J’aimerais lui donner un peu de bonheur, à ma façon,
discrètement.
Je sais soudain comment faire. Je vais tenter de lui donner
du mini-bonheur avec les moyens du bord. J’attendrai la
rentrée de septembre, il faut que j’organise d’ici là son
nouveau bonheur…

(Trigo,2021: 67/68)

 

Ana: 

Régine est-ce que l'Adélaïde c'est toi? Ce récit pratiquement intimiste comporte des passages très émouvants sur la perte de la mère le deuil, la solitude...  D'où est venue l'inspiration? 

 

Régine: 

Quand j'ai commencé d'écrire ce livre, en 2019, j'étais seule face à mon propre deuil  J'étais en train de perdre ma mère atteinte d'une maladie d'Alzheimer. Donc ce livre commence avec ce deuil, qui était pour moi un deuil aussi physique que psychologique auquel  personne ne vous prépare. Je disais à ma mère qu'un jour je serai autrice, il y aura un livre portant mon nom qui sera publié.

C'est là ou je me suis posé la question comment on fait pour arriver à surmonter une situation de désarroi tel qu'une perte du parent quand on est tout seul, quand il y a personne pour nous aider de s'accrocher à la vie. C'est à ce moment là  que j'ai commence de développer le personnage d'Adélaïde. 

Contrairement à Adélaïde, qui est  un personnage un peu romanesque, presque une caricature d'une femme d'avant, j'ai connu une enfance heureuse, sans manques affectifs. J'étais beaucoup aimé et entouré avec une grande fratrie. Je partage avec Adélaïde cette passion pour le cinéma qui était salvatrice pour elle sur plein de niveaux.

Et puis il y aussi le rapport avec la mère qui est complètement différent....

 

Ana

J'avais envie également d'aborder le sujet de la relation à la mère qui est le fil conducteur dans ce roman pour moi en tout cas. Quelle était la chose la plus importante que vous avez appris de votre mère que vous avez eu envie de partager à travers ce récit?

 

Régine:

Ma mère était une guerrière, si il  y a un postulat qu'elle mettait en avant c'était celui de l'indépendance. Elle m'a appris l'importance de l'indépendance financière, c'était une priorité pour elle. C'est grâce a elle que j'ai cette confiance que dans la vie toute est réalisable. Elle me disait toujours: On a peur de quoi/de qui? C'est surement par cette conviction que tout est possible j'ai pu faire des choses comme  reprendre mes études à 40 ans, faire le marathon de New York ou réussir mon diplôme d'anglais (et j'étais vraiment nulle, rires). C'est son histoire personnelle, de l'immigration qui la rendait plus forte aussi, c'est quelque chose dans les tripes, une détermination pour y arriver que elle m'a transmis. Il y a quelque chose de cette énergie terrible dans le personnage d'Adélaïde. Elle est une courageuse qui rêve du grand et elle y va, elle se donne les moyens pour casser l'emprise et réaliser son rêve. 

 

Pour ma nouvelle vie, je veux de l’espace pour laisser de la
place à la possibilité d’accéder au bonheur ou juste au moins
à la paix intérieure. J’ai hâte…

(Trigo,2021: 85)

Ana: 

Parlons un peu de la solitude, cette maladie du XXIème siècle. L'idée de ce roman est proche de la philosophie de Sartre qui dit "nous sommes nos choix". Il y a effectivement cette idée que nous ne sommes pas de victimes de notre histoire, qu'il il y a une sortie possible grâce aux actions que nous allons appliquer.

 

Régine:

La solitude est un était terrible et je pense qu'il faut bien faire la distinction entre la solitude et l'isolement social. La solitude subie s’impose sans avoir fait l’objet d’un choix. Elle échappe à toute tentative de définition objective, contrairement à l’isolement social.; on peut se sentir seul même si on est très entouré  et qu’inversement, on peut être ‘objectivement’ isolé sans pour autant se sentir seul. Il faut vraiment vouloir sortir de cette solitude subie pour s'en libérer et c'est uniquement en faisant des efforts qu'on y parvient. Et les efforts se font par des petits pas. Bien évidemment qu'il il y l'éducation qui joue , si nous avons été élevé avec cette idée que le monde est un endroit dangereux et que les autres sont nos ennemies, ça serait plus difficile de construire des rapports intimes, ou dans les cas ou nous avons été bouffés intérieurement, anéantis psychologiquement... Mais ce que je veux dire c'est que la vie est une prise de risque, comme l'histoire de l'Adélaïde. C'est une prise de risque de tous les jours...

 

Aujourd’hui, j’ai donc pris un an de plus. Pour la première fois,
j’ai été complètement seule. Finalement pas trop à la
réflexion. Mais peut-être que j’ai acheté tous ces sourires
égrainés au fil des heures. Peu importe, je suis allée chercher
des grains de bonheur comme je le pouvais, et j’y suis
arrivée.

(Trigo, 2021: 94)

 

Ana: 

Chez Adélaïde on ressent cette foi, comme un courage de vivre face au vide. Peut-être c'est de la qu'elle puise la force de continuer?

 

Régine: 

Dans la vie il faut de la persévérance et pour moi la foi c'est ça, c'est de se dire qu'on peut arriver. 

 

Ana: 

Puisque on parle de la persévérance, raconte-nous Régine ton parcours auprès des maisons d'éditions? 

 

Régine:

Aaaajjjj (rire): 

Alors j'arrive avec mes 12 manuscrits dans la main Rue du Dragon, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. J'ai pris une chambre à l'Hôtel du Dragon, ou j'avais l'habitude de séjourner chaque fois quand je venais à Paris. Et donc Rue du Dragon je tombe, je péte mes genoux (personne m'a aide) et je passe une nuit en souffrance...Le lendemain je fais le tour des 10 belles maisons d'éditions à Paris…. c'est le rêve, je dois me présenter, je dois être sur place! On met mes manuscrits sur le tas, sans y vraiment prêter attention. La remarque que je recevais était que le roman est trop court mais pour moi il n'était pas possible d'en rajouter, l'histoire était telle que j'e l'avais imaginé. J'ai aussi contacté deux maisons, une à Bordeaux et l'autre à Lyon et finalement j'ai signé avec la maison Hugo Stern à Lyon. Il y a des rencontres dans la vie qui doivent se passer et ça c'était vraiment une belle rencontre, même s'il ne s'agit pas d'une grande maison d'édition. Il faut toquer les portes et un petit conseil pour les jeunes auteurs: il faut mieux un livre sorti qu'un manuscrit jamais édité. La diversité est importante, il y a un public pour tout donc ne lâchez pas!

 

Ana: 

Parlons un peu de cette rencontre avec l'homme qui conclue ce livre. Comme je disais pour moi ce n'est pas une histoire d'une rencontre amoureuse mais plutôt l'histoire d'une retrouvaille avec soi-même. Quand on est spectateur de sa propre vie pendant si longtemps, une fois qu'on reprend le courage de devenir le créateur tout est à construire. L'homme ne peut pas être la finalité de se processus. 

 

Régine:

Il y a toujours ce problème d'éducation qui fait perdurer le mythe sur le prince charmant. On nous élève dans le faux espoir. En réalité, il y a juste un homme avec ses avantages et inconvénients. En amour il faut certes viser haut mais aussi batailler, il faut bâtir une relation. Et avant tout il faut le croire, il n'y pas de place pour la doute en soi. Les personnages principaux  représentent fidèlement deux personnes réelles qui essaient de sortir de leur solitude. Un message que je veux faire passer et que  j'essaie de transmettre à ma fille également, c'est que le respect c'est la norme. C'est la porte d'entrée de l'amour. Arrêtons les relations toxiques, la soumission, et acceptons que parfois ça nous arrive de se tromper. Guérissons-nous de nous traumatismes et respectons-nous toujours assez pour savoir partir si l'autre ne nous apporte rien d'essentiel dans la vie. 

 

 

Nathalie Sarthou-Lajus montre qu'il relève du « risque de croire », d'un mouvement d'ouverture et de confiance qui rend possible l'abandon de soi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et pour le faire il faut arrêter avec cette doute de soi… que nous ne sommes pas assez… C'est en créant le personnage d'Adélaïde que je voulais montrer que tout est réalisable dans la vie y compris dans l'amour. Il n'est jamais trop tard pour changer sa vie tant qu'on y croit. 

 

«Je veux encore rouler des hanches
Je veux me saouler de printemps
Je veux m'en payer, des nuits blanches
A cœur qui bat, à cœur battant
Avant que sonne l'heure blême
Et jusqu'à mon souffle dernier
Je veux encore dire je t'aime
Et vouloir mourir d'aimer »


Barbara